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Interview de George R.R. Martin

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Histoire d’inaugurer correctement Les trésors de Fantasy.fr, une nouvelle rubrique du blog, voici une interview de George R.R. Martin.  
 
Les trésors de Fantasy.fr est une nouvelle rubrique du blog dans laquelle vous pourrez (re)découvrir de vieux articles ou de vieilles interviews publiées dans Ozone, SF Mag première époque et Fantasy.fr première version. Vous y trouverez parfois même des interviews inédites (comprenez : jamais publiées faute de temps).
 
 
Cette interview de George R.R. Martin, célèbre auteur de la saga du Trône de fer, a été publiée le 19 août 2002 (7 ans à quelques jours près !) sur l’ancien site de Fantasy.fr. Elle est signé Olivier Dombret qui est depuis devenu le directeur commercial de Bragelonne.
 
A grand merci à Nadège D. qui a permis à cette interview de refaire surface. 
 
Bonne lecture ! 
  
 
 
 
C’est dans un coin perdu de la République Tchèque, à Chotebor (environ 100 kilomètres de Prague), que c’est déroulé la Convention Avalon regroupant un florilège de guest stars assez impressionnant dont notre ami George R. R. Martin.
C’est entre deux interviews (des Espagnols très sympas et des Hongroises très… euh sympas aussi) et deux bières Pilsen (tchèques toutes les deux) que l’auteur du cycle Le Trône de Fer a accepté de répondre nos questions.
Physiquement, c’est quelqu’un qui se remarque (on se pousse pour le laisser passer). Mais c’est surtout quelqu’un de charmant et de fort sympathique. Très agréable, il nous a accueillis avec beaucoup de bonne humeur et de gentillesse (il nous a même pardonné notre accent « Frenchie »). Nous avons donc pu aborder tous les sujets qui nous passionnent sur cet auteur prolifique.
À vous de juger.
 
Vous considérez-vous comme un auteur à succès ?
Ah oui (rires). Pas mal de succès.
 
À cause des ventes ou du succès international ?
Disons que depuis le début de ma carrière d’écrivain j’ai été récompensé par de nombreux prix, mais je n’ai jamais eu de succès au niveau des ventes jusqu’à la dernière série du Trône de Fer, qui m’a apporté une nouvelle popularité. Cela m’a permis d’atteindre beaucoup de nouveaux fans, et aussi de faire redécouvrir mes anciens livres.
 
Pourquoi avoir choisi la Fantasy ?
Quand j’étais ado, la SF était ce qu’il y avait de mieux et la Fantasy n’était qu’une relique poussiéreuse. Depuis il y a eu une inversion, à part au Japon qui est un pays qui dispose de sa propre mythologie et qui a une culture très cyber. 
Dans les années 50 aux Etats-Unis on avait une grande foi dans le progrès. On allait marcher sur la lune, l’énergie serait atomique, il y aurait des robots qui accompliraient les tâches ingrates, le micro-onde cuirait notre repas en trois secondes, etc. Bref, le futur allait être un endroit sensationnel.
Puis il y a eu un changement avec notamment la guerre du Viêt-Nam, les catastrophes écologiques, l’arrêt du programme spatial, Tchernobyl, le terrorisme, etc. Ce qui a créé une peur du futur. Le futur serait pire que le présent et les gens ne croyaient plus au progrès. Dans les années 80, la chute était flagrante : en tout état de cause, nous n’allions pas coloniser le futur. Le futur est donc devenu très sombre notamment avec William Gibson qui développa le cyberpunk. Le cyberpunk est un genre à part : la mode que personne ne voulait porter. Donc le public est allé dans les Terres du Milieu. Tom Shippey disait que le genre Fantasy vient du Seigneur des Anneaux, que la Fantasy nous invite à aller dans d’autres endroits, pour visiter des endroits merveilleux de l’autre côté de la colline.
Depuis que je suis gosse je lis de la Fantasy, de la SF et de l’horreur. Je ne me suis jamais vraiment spécialisé. Par exemple Fevre Dream (ndla : roman non traduit) parle de vampires dans le sud des Etats-Unis. Donc, je garde une certaine liberté. Avant d’être un écrivain de Fantasy ou de S-F, je suis un écrivain tout court.
 
Comment vous est venu l’idée d’écrire Le Trône de Fer ? (A Song for Ice and Fire en anglais)
En 1991 je travaillais sur Avalon, un roman de Science-Fiction, entre deux contrats pour Hollywood. J’avais donc environ 2 mois de libre. Puis j’ai écrit le début du Trône de Fer qui m’est venu de façon très nette à l’esprit. J’ai fini le premier chapitre, puis le deuxième. Cela faisait environ 75 pages que j’ai dû reposer sur mes étagères car Hollywood me proposait un nouveau travail qui m’a tenu occupé pendant près de deux ans. Puis j’ai pu retourner à ce travail sur le Trône de Fer. Cela devait être initialement une trilogie. Puis au bout de 1500 pages j’ai rapidement vu que cela deviendrait une saga en 6 volumes.
 
Où puisez-vous votre documentation et vos informations historiques ? 
Je fais beaucoup de recherches personnelles. Des livres, surtout des fictions historiques. Je me suis beaucoup inspiré de la guerre de cent ans en France, de la Croisade des Albigeois, de la Guerre des Roses en Angleterre.
 
Vous vivez aux Etats-Unis et vous écrivez sur le Moyen Age européen ?
Les chevaliers et la Chevalerie appartiennent à notre héritage aussi. En fait, je m’immerge dans la culture et mon travail. Par exemple je me suis beaucoup documenté sur l’histoire américaine pour Fevre Dream (ndla : toujours pas traduit).
 
Le Trône de Fer sera votre chef-d’œuvre ?
Oui, en tout cas c’est mon travail le plus ambitieux et le plus contraignant. Et il y a encore 3 livres à venir.
 
Bien. Il a fallu plus de 50 ans pour que Tolkien soit adapté au cinéma. Combien de temps avant que le Trône de Fer soit porté à l’écran ?
(Rires) L’éternité. Le problème principal c’est la taille. Prenons par exemple la Trilogie de Tolkien. Jackson a pu imposer aux producteurs une trilogie et a pu faire un travail admirable. Et j’ai adoré le film, d’ailleurs.
Le Seigneur des Anneaux est un très grand livre en trois tomes. A Game of Throne (Le Trône de Fer et Le Donjon Rouge dans l’édition française) en taille est l’équivalent des 3 tomes du Seigneur des Anneaux. Et il y en aura six en tout (A Game of Throne, A Clash of Kings, A Storm of Swords et à paraître A Feast for Crows plus deux autres), dont chaque volume est à chaque fois un peu plus long que le précédent.
 
Alors en mini-séries ?
La mini-série est un format qui a permis de porter au petit écran des œuvres comme Dune ou Les Brumes d’Avallon. Mais les mini-séries n’ont plus le succès qu’elles avaient auparavant. Le format actuel est plutôt de faire des mini-séries de 6 heures. Aucune chaîne de télévision ne prendrait le risque de refaire une longue mini-série comme Shogun (29 heures) ou Racines (26 heures). Le risque de devoir garder à l’écran une série qui ne marche pas et qui a coûté très cher est trop grand.
Il faudrait couper beaucoup pour arriver au format actuel. Et puis il faut attendre la fin du cycle en livre, d’abord.
 
Feriez-vous ce découpage ?
Pas facilement. J’avais fait un premier jet pour Fevre Dream (ndla : à notre connaissance, pas encore traduit depuis tout à l’heure), qui a été optionné pour le cinéma. Mon premier job à la télévision a été de travailler sur « Twilight Zone Revival », c’est-à-dire adapter des romans et nouvelles de SF et de Fantasy pour la télé. Mon producteur de l’époque ne laissait jamais un auteur adapter son propre roman pour le petit écran. Un adaptateur n’est pas un écrivain. Et il considérait que l’écrivain ne pouvait adapter son œuvre pour la télé, car il était trop proche du livre.
 
Connaissez-vous la fin du Cycle du Trône de Fer ?
Oui. Je connais déjà les derniers mots mais pas encore par quel chemin tortueux je vais pouvoir les écrire. C’est toujours difficile d’écrire un roman. Par exemple Fevre Dream (ndla : au risque de me répéter, ce roman n’a pas été traduit depuis le paragraphe précédent) ne se termine pas comme je le souhaitais au début. Il devait y avoir une course de bateaux épiques sur le Mississipi. En fait la fin s’est avérée tout à fait différente. Et je ne vous en dirai pas plus concernant Le Trône de Fer.
 
Vous avez écrit une nouvelle dans l’anthologie de Robert Silverberg dans l’univers du Trône de Fer avec un personnage fort sympathique : Dunk, le Chevalier Errant. Envisagez-vous d’écrire un roman sur ce personnage ?
Ah ! Là j’ai un petit scoop. Robert refait une deuxième anthologie : « Legends 2 » (ndla : la première anthologie Légendes est chez J’ai Lu) avec des auteurs de la première anthologie et des nouveaux auteurs. On y retrouvera Feist, Anne McCaffrey, Tad Williams, Orson Scott Card, Terry Brooks et j’ai accepté d’y participer aussi. Je réécrirai une nouvelle avec Dunk. Dunk est, en effet, un personnage attachant. Mais ce n’est pas vraiment une « préquelle », bien que l’Univers soit le même.
 
Vous avez passé beaucoup de temps à Hollywood. Qu’y avez-vous gagné et qu’y avez-vous perdu ?
J’y ai gagné beaucoup d’argent, et j’y ai perdu 10 ans de ma vie pendant lesquelles j’aurai pu écrire des romans (rires). J’ai quand même beaucoup appris : le « storytelling », d’une part, mais aussi l’écriture des scénarios et comment remplir les trous.
Le Trône de Fer est un vieux rêve. Je voulais écrire une gigantesque histoire de fantasy. Je voulais déployer mes ailes. Ne plus être bloqué par des impératifs de budget ou de durée.
Produire est un métier intéressant. La télé est faite par des écrivains, l’industrie du film est faite par des producteurs. D’ailleurs je reproche beaucoup aux français l’affaire du Crédit Lyonnais qui a été un désastre pour les écrivains dans le cinéma. Enfin, passons. Une fois que vous avez atteint le statut de producteur exécutif, vous arrêtez d’écrire. A Hollywood, producteur exécutif est à la tête du plus grand plateau de jeu du monde. Vous faites le casting pour chercher les bonnes personnes dans les rôles, vous rencontrez les acteurs dans votre bureau, puis les dessinateurs qui vous apportent des idées, pourquoi le flingue doit être comme cela ou comme ceci, bref vous faites tout. Vous êtes dieu. C’est très sympa. Bien sur vous endossez la responsabilité si cela foire (rires).
Mais, en fin de compte je suis un écrivain de prose, un romancier avant tout.
 
Vous lisez encore de la fantasy ?
Oui, par exemple le dernier Robin Hobb que j’ai trouvé très bien. Même si les 100 premières pages auraient pu être condensées en 10 pages.
 
Dans le Trône de Fer, quel est votre personnage favori ?
Tyrion. Ses chapitres sont faciles à écrire. Ils coulent presque naturellement. J’aime sa ruse. Je m’identifie à lui (ndla: Tyrion est l’opposé physique de GRR Martin). C’est un personnage très différent. Et puis il a encore pas mal de problèmes devant lui. Il y a des personnages qui sont très difficiles à écrire. Il faut s’identifier à eux, voir le monde à travers leurs yeux et faire comprendre aux gens pourquoi ils agissent de cette façon.
 
Quand viendrez vous en France ?
Pas avant 2005-2006. J’ai un agenda très pris. Par contre je connais bien Paris. J’avais travaillé sur un projet télévisuel de grande ampleur en 1993-1994. Un projet ambitieux de Show Alternatif. Cela s’appelait Doorways, dont un pilote a été fait par ABC. L’actrice principale était française : Anne le Guernec. Quelqu’un que j’estime beaucoup. Malheureusement, au dernier moment ABC n’a pas donné suite. Cela a été le grand « ce aurait pu être » de ma vie. Bah, cela m’a permis de me concentrer pleinement sur le Trône de Fer.

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